Guide d’achat · samedi 8 août · 8 min de lecture
Commencer une série par le milieu
Le prix d’un épisode d’occasion ne suit pas sa place dans la série. Voici par où entrer dans une dizaine de séries du catalogue pour dépenser le moins, et ce qu’il vaut mieux garder pour plus tard.
La question revient sous une forme ou une autre presque chaque semaine : « je voudrais me mettre à cette série, je prends lequel ? » La réponse attendue est toujours la même — le premier, évidemment, puis les autres dans l’ordre. C’est la façon la plus coûteuse de s’y prendre, et rarement la plus agréable.
Un prix d’occasion ne dit rien de la place d’un épisode dans sa série. Il dit trois choses, et trois seulement : combien d’exemplaires ont circulé, si le titre a été réédité depuis, et sur quelle machine il est sorti. La numérotation n’entre nulle part dans ce calcul.
Le mécanisme est facile à suivre. Un premier épisode paraît sans que personne ne l’attende, il s’en vend peu, et c’est le suivant qui profite du bouche-à-oreille : celui-là se retrouve partout aujourd’hui, donc il ne coûte presque rien. Un épisode sorti en toute fin de vie d’une machine subit l’inverse : très bon, mais arrivé quand plus personne n’achetait, il est devenu rare et cher. Le meilleur rapport se trouve donc au milieu d’une série, jamais à ses extrémités.
Reste l’objection sérieuse : comprend-on quelque chose en entrant en cours de route ? Dans l’immense majorité des cas, oui, et pour une raison très simple. Un studio qui vend un quatrième épisode sait parfaitement que la moitié de ses acheteurs n’ont pas joué aux trois premiers ; il écrit donc son ouverture pour eux.
Les épisodes qui se suffisent à eux-mêmes
Le meilleur exemple tient dans les jeux de plaidoirie. Justice for All, à 9,27 €, est un deuxième épisode, et cela n’a aucune conséquence : chacune de ses quatre affaires s’ouvre et se referme sur elle-même, de l’enquête au procès, avec ce moment où il faut relever la contradiction au bon instant. À côté, Ace Attorney Investigations - Miles Edgeworth à 13,90 € reprend la même mécanique depuis la place du procureur, sur les lieux plutôt qu’au tribunal. Prenez l’un ou l’autre, dans l’ordre qui vous chante.
Même chose du côté des récits criminels. Yakuza 3, à 9,19 €, s’ouvre sur un orphelinat d’Okinawa tenu par un homme qui a quitté la grande ville, et le passé met plusieurs heures avant de venir le rechercher. Ces heures-là servent exactement de porte d’entrée : le jeu n’attend de vous aucune connaissance préalable, et il alterne ensuite un récit très écrit, des bagarres de rue à mains nues et une quantité déraisonnable d’activités annexes.
Sur petite machine, Kingdom Hearts 358/2 Days à 9,07 € est un cas d’école. Le récit suit un membre d’une organisation encapuchonnée mission après mission, pendant une année entière, et chaque mission tient en quelques minutes. On entre, on sort, on reprend une semaine plus tard sans avoir rien perdu du fil.
Enfin, il existe des séries où l’ordre est une illusion complète. Les jeux qui portent le nom de « Tales » ne partagent ni monde ni personnages : Tales of Zestiria, à 10,79 €, se joue sans avoir rien lu, et son intérêt tient à la fusion avec des esprits qui change le style de combat en pleine bataille. C’est une collection d’histoires indépendantes qui partagent une manière de faire, pas une suite.
Un univers commun ne fait pas une suite
La confusion la plus fréquente vient des séries bâties sur un univers plutôt que sur un récit. Sous le même nom, Warhammer 40,000: Space Marine à 8,92 € est un jeu d’action à la troisième personne qui refuse les couverts et pousse à avancer sans cesse, tandis que Warhammer 40,000: Mechanicus à 17,24 € est une tactique au tour par tour dont la ressource centrale n’est pas la munition mais l’énergie cognitive. Les deux se passent au même endroit et ne se ressemblent en rien : il n’y a donc pas d’ordre du tout.
Les adaptations en briques fonctionnent pareillement. LEGO Harry Potter: Years 5-7 à 8,56 € reprend les dernières années de scolarité du sorcier sans supposer une seconde que vous avez joué aux précédentes, et le second joueur peut rejoindre la partie à tout moment. Choisir dans cette série revient à choisir l’histoire qu’on préfère, rien d’autre.
Il arrive même qu’un nom recouvre une refonte complète. Prince of Persia (2008), à 12,07 €, n’est la suite de rien : une aventure d’acrobatie où l’on n’est jamais seul, une compagne rattrapant chaque chute et ouvrant les passages barrés, avec un monde qui se nettoie région par région dans l’ordre que vous choisissez. Le trait dessiné à la main a d’ailleurs beaucoup mieux vieilli que les images de synthèse de la même époque.
Restent les compilations, qui règlent la question d’un coup. The Disney Afternoon Collection à 20,26 € réunit six jeux de plateforme des années quatre-vingt, conservés tels quels, avec sauvegarde libre et retour en arrière pour rendre l’ensemble jouable aujourd’hui. Et Monkey Island 2 Special Edition: LeChuck’s Revenge à 10,37 € contient à la fois la version redessinée et l’originale, accessible d’une touche. Une seule boîte, plusieurs entrées possibles.
Ce qu’il vaut mieux garder pour plus tard
Trois choses font monter un prix d’occasion, et aucune des trois n’est la qualité. La première est la machine. Demon’s Souls, à 23,12 €, est sorti sur la génération la plus récente que nous ayons en rayon, et ce qui est récent ne décote pas encore : cinq régions verrouillées chacune par un adversaire qui pardonne peu, dans l’ordre que vous voulez. C’est excellent, ce n’est simplement pas par là qu’on commence une étagère.
La deuxième est le tirage. Etrian Odyssey Nexus, à 17,57 €, est arrivé tout à la fin de la vie de sa console : un labyrinthe en vue subjective que l’on cartographie soi-même, mur après mur, avec cinq personnages choisis dans une longue liste de classes. Peu d’exemplaires ont circulé et le prix s’en ressent — alors que Shin Megami Tensei: Strange Journey, à 11,87 €, propose la même cartographie à la main sur la génération précédente de la même famille de machines, pour six euros de moins.
La troisième n’est pas un jeu du tout. La réplique de l’épée à l’échelle réelle, à 96,76 €, fourreau et support mural fournis, coûte à elle seule le prix de huit épisodes. C’est un objet qu’on s’offre quand l’étagère existe déjà, et pas l’inverse.
Lire la machine avant de lire le numéro
Une même série se répartit souvent sur trois ou quatre machines, et c’est là que se produisent les vraies erreurs au moment de valider. The Legend of Zelda: Skyward Sword, à 20,31 €, existe sur plusieurs d’entre elles ; le maniement de l’épée au geste, où l’orientation de la lame compte autant que le moment, ne se joue pas de la même façon selon celle que vous possédez. La fiche indique la machine : c’est la ligne à lire avant le titre.
Le même réflexe évite la déception devant un jeu qui porte le nom d’une série sans en reprendre la mécanique. Monster Hunter Stories, à 10,74 €, ne fait pas chasser les monstres mais récupérer leurs œufs et les élever, avec des combats au tour par tour sur un principe de pierre-feuille-ciseaux et des gènes qui se transmettent d’une créature à l’autre. Rien à voir avec ce que le nom laisse attendre, et c’est très bien ainsi — à condition de le savoir avant de commander.
Deux derniers exemples, pour les amateurs de frissons. Resident Evil Zero, à 8,62 €, se déroule avant tout le reste de sa lignée et fait contrôler deux personnages tour à tour, avec un inventaire partagé qui se dépose au sol : chaque objet emporté est un objet abandonné ailleurs. Silent Hill 4: The Room, à 8,66 €, se tient volontairement à l’écart de la sienne et enferme le joueur dans un appartement muré de l’intérieur, seul endroit où l’on se soigne, et qui se dégrade au fil du jeu. Ni l’un ni l’autre ne demande d’avoir joué aux précédents.
Une série achetée dans l’ordre coûte cher parce qu’on paie les épisodes rares au moment où l’on en a le moins besoin : au tout début, quand on ne sait pas encore si elle va plaire. En commençant par celui qui se lit seul et qui coûte le moins, vous essayez la série pour neuf euros ; si elle vous prend, les pièces rares se cherchent ensuite, tranquillement, une par une. Et si le titre choisi ne vous plaît pas, le calcul reste bon : quatorze jours pour changer d’avis, douze mois de garantie sur tout ce qui s’allume, et une étagère qui se sera construite sans jamais commencer par la pièce la plus chère.